Au milieu des années quatre-vingt, eurent lieu des mouvements populaires, sans heurts; des révolutions de velours en somme (sauf en Roumanie). Cela s'était passé dans toute la partie orientale de l'Europe. Et parce que l'Algérie, malgré son "non-alignement" de façade, faisait partie des pays rangés à l'est, pro-soviétiques, on s'était retrouvés naturellement dans la rue, toutes classes sociales et opinions politiques confondues, à revendiquer un changement salutaire dans notre pays. L'Algérie avait tout pour y accéder; une jeunesse pleine d'énérgie, un immense territoire, une histoire millénaire, des ressources humaines à faire pâlir d'envie beaucoup de pays avancés, des courants politiques à l'expérience avérée acquise durant des années de clandestinité, une liberté de ton relativement tolérée dans la presse, des cercles intellectuels en formation et dynamiques ( théâtre, littérature, cinéma...).
Sauf que, une donnée capitale et stratégique ( qui nous avait échappé à l'époque) avait fait du mouvement citoyen d'alors, un processus mort-né: l'Europe ( principalement, la France), dont le soutien était nécessaire et indispensable s'était subitement détournée de nous pour porter son regard - et surtout son aide- vers les pays de l'est. Souvenez-vous; c'était l'époque où on parlait d'une probable adhésion du Maroc à l'Union Européenne et, depuis, on ne parle plus de ce pays qu'en termes d'investisements immobiliers de certaines catégories de citoyens de l'Europe: les hommes d'affaire et surtout les retraités.
Un autre phénomène aussi est à relever; des milliers de nos concitoyens étaient envoyés après l'indépendance, parfaire leurs études dans tous les domaines, en ex-URSS, Pologne, Hongrie... Beaucoup d'entre-eux avaient fondé des familles dans leurs pays d'accueil - couples mixtes-, et, une fois leurs cursus terminés, rares étaient ceux qui n'avaient pas choisi de rentrer dans leur pays d'origine avec femmes et enfants. A cela, il n'y avait qu'une seule raison; l'Algérie à -de- l'époque offrait de meilleures perspectives et était porteuse d'espoir mieux que ne l'étaient tous les pays de l'ex bloc soviétique. Il a fallu la chute du mur en Allemagne et la démocratisation des anciens pays du pacte de Varsovie pour que, du jour au lendemain, Varsovie, Prague et Buda-Pest prennent de l'avance sur Alger. Et les couples mixtes ( le plus grand nombre en tous les cas) s'en sont retournés à l'est pour offrir de meilleures chances à leurs enfants.
Mais, si on a réussi à mettre fin au mur en béton berlinois, d'autres murs, invisibles ceux-là, furent érigés, partout dans le monde, sur les décombres du rideau de fer. En venir à bout n'est pas une sinécure.
Faire tomber ces nouvelles séparations est le défi qui s'impose à nous, pour les décennies à venir.
Brèche dans le mur de Berlin ( anonyme)
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