Lors d'une rencontre à l'université de Tizi-Ouzou, qui a eu lieu en décembre dernier (2008),
Mohand-Akli FERRADJI,chercheur et enseignant en sociologie à l'université de Béjaia, interpelle en des termes tranchants ses collègues sociologues Algériens sur
leurs travaux et leur contribution à une discipline, qui peine à fonctionner selon les règles universellement admises, dans une société qui en a grandement besoin. En effet, vu
l'état de délabrement total des structures et autres organisations aussi bien publiques que traditionnelles, devant l'absence de réponses intellectuelles et scientifiques à une crise
multidimensionnelle, l'on est amené parfois à se demander quel est le rôle du penseur ou de l'élite nationale.
C'est pourquoi le cri du coeur de Mohand-Akli arrive à point nommé pour secouer quelque peu les léthargies ambiantes et remettre les consciences à l'endroit.
«La construction de l’avenir ne saurait se faire pour toute société, tel que le démontre l’histoire de l’humanité, sans la ré-appropriation et l’actualisation de son patrimoine culturel
et civilisationnel, par un ressourcement à ses valeurs et références fondant son existence», a-t-il martelé, centrant sa plaidoirie pour une nouvelle société «recentrée sur son
essence», et qui doit savoir rester «ouverte» sur l'autre. Abordant le rôle de l’appartenance religieuse et spirituelle dans la formation de Tajmait en Kabylie, mode d’organisation
sociale antique prévalant encore dans les villages de la Kabylie, Il a estimé que «ces assemblées, semblables à la démocratie directe de l’Agora d’Athènes, constituent de nos jours encore un
cadre référentiel de système d’organisation basé sur la sagesse de personnes charismatiques, la solidarité et le respect de la loi et des valeurs morales et spirituelles». Il omet cependant
de souligner le caractère éminemment laïque de ces assemblées et le rôle, bien que positif, limité et bien déterminé conféré à la religion dans le qanoun Kabyle (1)et de poursuivre
«Mais à condition de les actualiser pour les adapter aux besoins spécifiques à chaque communauté, d’une manière collégiale et librement consentie par les membres la composant», a-t-il
souligné. Plus loin, il affirme qu’il est nécessaire de reprendre confiance en soi pour affirmer « l’être national existentiel, menacé dans ses fondements par l’acculturation et un mimétisme
débridée». S’adressant à l’auditoire comme pour le prendre à témoin, il clame: «Nous avons négligé, voire sous-estimé notre patrimoine. La preuve vous est fournie ici même dans cette
salle, où ce sont Européens et des Asiatiques qui s’y intéressent». Ici, non plus, il ne donne aucune explication sur le fait que ce sont les Russes, les Indiens et les Chinois qui nous
observent à la loupe ( Hier, c'étaient les Européens pour les besoin de la conquête puis de la colonisation). Or, tout le monde sait que ces pays émergents, aspirent à dominer le monde du 21 ème
siècle, du moins sur le plan économique. Ils sont donc partout présents pour les besoins de leurs politiques expansionnistes. Chez tous les peuples, la sociologie vient en appoint d'une ambition
collective, d'un projet de société, d'une stratégie de changement, d'organisation et/ou de développement. Et c'est à ce niveau que nous avons le sentiment, dans le cas de la société
Algérienne, de vouloir mettre les charrues avant les boeufs.
Et pour finir, il lance un appel aux chercheurs nationaux en sciences humaines à sortir sur le terrain pour faire des investigations sociologiques, anthropologiques, ethnographiques,
entre autres, afin de comprendre «l’âme du peuple» et de se coller à sa réalité quotidienne, plutôt que de se contenter de reproduire, parfois textuellement, les travaux de chercheurs
étrangers. Développant son propos, le conférencier fait remarquer que ces études exogènes peuvent être un appui, toutefois, il ne faut pas oublier qu’elles ne sont pas neutres «mais
truffées de préjugés idéologiques obéissant à des objectifs qui n’ont rien à voir avec la science». Il en donne pour preuve certaines «investigations menées par des chercheurs sur le
système d’organisations de la société civile, dans le but de neutraliser les mécanismes de défense des autochtones et, partant, faciliter l’entreprise coloniale». Là où notre
Docteur en sociologiesemble faire fausse route; c'est quand pense en toute bonne foi pouvoir faire avancer le débat avec les seules "armes" dont il dispose, c'est à dire de vieilles recettes
desuettes qui n'ont pas fait leurs preuves . Or, l'urgence, c'est une refondation totale de la sociologie telle que nous l'avons pratiquée jusqu'ici. A l'instar des autres pays, il
nous faudrait une sociologie offensive, qui fera le point sur nos forces et nos faiblesse mais qui donnera aussi des informations qui aboutiront à autant de pistes sur les sociétés qui nous
entourent et en devenir.
Si nous partons du constat - largement partagé du reste avec l'intervenant- que la sociologie pourrait et devrait jouer un rôle de premier plan dans la prise en charge des dérèglements
liés à toute société qui aspire à la modernité, nous ne pouvons, hélas, souscrire à cette démarche de ne vouloir nous faire libérer du joug de la pensée néo coloniale que pour
nous enchaîner aussitôt à un autre joug (islamiste celui-là), comme si les Algériens étaient incapables de s'organiser- et de s'en sortir- en s'appuyant sur leur histoire et leur culture ( y
compris l'islam).
La société Algérienne destructurée par une succession d'amputations culturelles et identitaires depuis la colonisation Française à ce jour, a les moyens de retrouver des repères solides et
salutaires, en puisant dans son patrimoine qui prend ses sources dans le paléontologique, en pariant sur un subtil et savant dosage d'avec toutes les expériences subies ou vécues depuis des
millénaires.
La solution est en nous, elle ne pourra venir ni de l'orient ni de l'occident.
(1) Voir notre article du 03 août 2008:
Tajma3t ou l'agora Kabyle.
Derniers Coms/Iweniten Inegura